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Yvette a bientôt 60 ans. Grande, mince, les cheveux courts et la tête baissée, elle arrive en marchant lentement, précautionneusement, essoufflée. Elle me regarde à peine, parle peu, « oui », « non », je dois faire preuve de subtiles questions pour en savoir plus sur son état intérieur et ses attentes.

Yvette a la sclérose en plaques. Depuis 26 ans.

Je ressens un mal-être permanent depuis 2 ans. »

Aujourd’hui Yvette est en arrêt de travail, depuis 3 ans ; bientôt en retraite officielle. « Au début, je faisais avec, mais là … ». Mais là, elle est fatiguée, déprimée. Tout est difficile à exécuter dans le quotidien, faire les courses, la vaisselle, s’occuper de ses petits-enfants, rester debout pour faire à manger, « le ménage on en parle même pas ! »

Je vais accompagner Yvette pendant plusieurs séances durant l’hiver 2018-19. Chaque rencontre lui a apporté un nouvel outil pour prendre soin d’elle dans ce quotidien qui change, et préserver son moral et son estime d’elle-même. Vivre debout et fière, comme l’être humain qu’elle est.

(Si vous voulez connaître les améliorations que cet accompagnement lui a apportées, rendez-vous directement à la conclusion. Sinon, découvrez l’histoire de Yvette au fur et à mesure des séances.)

1- Apprendre à transformer le mal-être en mieux-être

sophrologie-senior-heureux-La mise en arrêt maladie a accentué son sentiment de « se dégrader ». La première séance sera axée sur les basiques de la sophrologie : ancrage et respiration ample.

Pendant les exercices, Yvette ne ressent pas ses pieds, ni ses jambes … mais en a-t-elle vraiment envie ? Retourner dans ce corps qui l’a trahi, qui la fait « vieillir plus vite que ce qu’elle avait imaginé », qui lui fait mal aussi, quel intérêt ? La fuite dans les ressassements mentaux et les agitations émotionnelles est plus confortable … au premier abord !

La pratique de l’ancrage permet au contraire de réaliser que lorsque l’on est bien installé dans ce corps, qui est notre véhicule depuis le premier jour, on peut faire face aux perturbations extérieures de la vie de manière plus efficace et plus stable. Avec plus d’assurance, de lucidité, d’optimisme aussi. Et ce, quelques soient les modifications qu’il subit au fil des années.

« J’ai la gorge serrée et un poids là » m’explique-t-elle en me montrant sa cage thoracique. Les exercices de respiration lui feront prendre conscience de sa posture affaissée, qui lui coupe la respiration … et les envies. Une fois le buste redressé, sa respiration gagne en ampleur, et au fil des séances et de ses entraînements inter-séances, Yvette apprend à respirer avec toute la capacité de ses poumons, jusqu’aux abdominaux, à évacuer ce poids  et à rouvrir sa gorge – progression qui se présentera dès la première pratique en séance.

2- Garder le moral… ou au moins l’améliorer

Je suis un poids pour mon mari, ça me rend triste. »

À la deuxième séance, Yvette, qui corrige plusieurs fois sa posture durant l’heure pour se redresser devant moi, m’avoue qu’elle accepte mal de devenir de plus en plus dépendante de son mari pour ses sorties et les tâches du quotidien : « Moi qui ai toujours mené ma maison toute seule ! élevé mes enfants ! » Yvette s’est toujours occupée des autres : de son mari, de ses enfants, de ses amies. Qu’il est dur pour elle aujourd’hui de se laisser aller aux bons soins de son entourage !

SEP-sophrologie-annecyPar une séance d’hypnose, nous allons à la rencontre de ces émotions de culpabilité et d’auto-jugement, pour les effacer et les remplacer par une ressource agréable – Yvette a choisi, en état de conscience modifiée, de planter des fleurs aux couleurs chatoyantes et aux parfums subtiles ; chaque fleur représentant pour elle l’aide qu’elle peut apporter, à sa manière, dans l’organisation des tâches quotidiennes.

Pour compléter, je l’invite à prendre une Fleur de Bach et à placer une intention positive à chaque prise des gouttes, soit 4 fois par jour, pour renforcer le travail installé en hypnose.

3- Accepter la maladie et ses conséquences

Aujourd’hui, Yvette est fatiguée ; les turpitudes des fêtes de fin d’année ont eu raison de sa forme. Et sans la forme physique, elle perd le moral. Elle n’a pas envie de donner d’elle-même dans un exercice de sophrologie. Nous utiliserons donc le dien chan pour agir sur son état de fatigue.

Le dien chan est une technique naturelle de réflexologie faciale : avec mes doigts ou des outils spécifiques, indolores, je stimule des zones réflexes sur le visage, qui sont en concordance avec des parties du corps ou des organes. Puis en pratiquant une formule de points correspondant aux terminaisons nerveuses, j’oriente le soin sur la problématique du moment : sommeil, manque de tonus, tension trop élevée, angoisses, inflammation, émotionnel déséquilibré,

SEP-réflexologie-annecy-douleursPour aujourd’hui, après avoir activé la zone réflexe des reins sur le visage, je stimule les points de la formule pour remonter le Qi, cette énergie vitale qui se loge dans les reins.

Yvette ressent un apaisement à la fin de la séance, ce qui lui permet de mieux accepter cet état de fatigue transitoire.

Elle m’annoncera qu’elle s’est sentie beaucoup mieux pendant les jours qui ont suivi notre rendez-vous. Son sommeil s’est également amélioré et elle a continué à stimuler ses reins en massant régulièrement les zones rénales sur le visage et sur le corps.

4- Entretenir sa confiance pour diminuer les symptômes

Depuis 3-4 ans, Yvette boitille de la jambe droite, plus ou moins selon les jours. Ces derniers jours, elle se prend régulièrement les pieds dans des marches, des trottoirs, des cailloux. Ses jambes ne se lèvent pas assez, selon ses dires.

J’invite Yvette à passer dans la grande salle, pour expérimenter la marche en conscience ; elle a maintenant suffisamment d’expérience avec les outils de la sophrologie pour se sentir l’aise dans la pratique. Les yeux fermées, elle déploie ses jambes avec lenteur pour observer chaque ressenti, chaque muscle, le tout en respirant paisiblement et en cadence. Petit-à-petit, sa posture générale se redresse, ses lèvres se tendent d’un sourire : elle a retrouvé sa droiture et la confiance en sa capacité à avancer, autant physiquement que moralement.

sclérose en plaques sophrologieEn fin de séance, alors que j’ouvre la fenêtre pour aérer la pièce, j’aperçois Yvette se dirigeant vers sa voiture : quelle belle surprise que de constater que son boitillement s’est atténué !! La preuve s’il en était besoin, qu’une partie de celui-ci était dû à un conditionnement psychologique, à de la fatigue ou à du stress, et non à une aggravation des symptômes de la maladie !

5- « C’est mon anniversaire, j’ai pas envie ! » – Préparation mentale

« Mes enfants veulent organiser un repas pour mon anniversaire, mais je n’ai pas envie. Ils ne se rendent pas compte du travail que c’est ! Moi je n’ai pas la force ! Et je ne veux pas que ça retombe sur mon mari. »

Yvette appréhende et doute de sa capacité à supporter la préparation, l’excitation de chacun, ses propres émotions contradictoires de joie et de tristesse.

Et puis, il y aura quelques collègues de travail, je ne veux pas qu’elles voient ce que je suis devenue. »

Peur des regards fuyants, des mots de pitié, d’un possible malaise.

Nous allons donc effectuer une préparation mentale, comme un grand sportif se prépare à une compétition : en imaginant le jour J et chaque étape avant le jour J, en y insérant des compétences qu’Yvette a eu possédé et en les réveillant, ou en en activant de nouvelles. Et je l’invite à répéter la préparation autant de fois qu’elle le jugera nécessaire pour vivre au mieux ce beau moment de vie. SEP-sophrologie-thérapie

« L’anniversaire s’est bien passé, je vous remercie » me dit-elle à la séance suivante. « Maintenant, je veux aller mieux ! J’ai une autre demande pour aujourd’hui… ».

6- Une sexualité différente mais épanouie et épanouissante

 J’ai envie de plaire à mon mari »

C’est ainsi qu’Yvette démarre la séance, juste après les mots d’usage : « bonjour, je vais bien et vous ? ».  Étonnement en mon for intérieur : Yvette a bien changé depuis la première séance ! Où est cette femme timide et recourbée que j’ai accueillie il y a plusieurs semaines ? Elle me fait penser à une fleur qui s’est ouverte tout doucement à son rythme et qui aujourd’hui s’exprime aisément sur tout sujet concernant son quotidien. Quelle assurance, quelle liberté elle a gagné !

La SEP a rendu délicates certaines positions, certaines caresses ; l’image de sa féminité s’est ternie : elle se sent tellement dépendante de son mari pour la gestion du quotidien, comment peut-elle encore se sentir digne de partager son intimité avec lui ?

Les premières séances d’accompagnement lui ont permis de redresser la tête, d’accepter qu’elle peut participer autrement, avec des propositions d’idées, des remerciements, une organisation différente de l’agenda,… Elle a compris qu’elle peut s’adapter à ces changements. Il en est de même pour la sexualité ! « Je veux aller mieux ! je veux relancer ma libido ! » m’affirme-t-elle avec conviction.

Une visualisation créatrice pour se reconnecter à son image de femme sensuelle, associée à une séance de dien chan pour stimuler les organes féminins, – et quelques conseils entre femmes 😉 – lui permettront de « retrouver sa dignité » et de se présenter digne et belle devant l’homme qu’elle aime depuis 40 ans.

SEP-sexualité-nathalie-delaunay-annecy-sophrologie

C’est sur cette thématique que mon accompagnement se clôture, Yvette se sentant à nouveau en pleine possession de ses potentiels intérieurs.

 

Conclusion

En six séances, Yvette a retrouvé le sourire – n’est-ce pas là le plus important ?

Sa sclérose en plaques est toujours là bien sûr, mais elle a appris différencier les symptômes causés par la maladie de ceux entraînés par le stress, la tristesse, la rancœur, la résistance à sa présente… ou à l’avancée dans l’âge tout simplement.

  • Elle sait comment atténuer les uns et les autres, avec des exercices d’observation de soi, des pratiques diverses de respiration, de marche consciente pour se recentrer, des visualisations pour prendre du recul ou modifier un état interne.
  • Elle s’entraîne à écouter son corps pour en percevoir les espaces de ressentis agréables ; elle se permet de se reposer quand son corps en a besoin.
  • La marche consciente la recentre, développe son équilibre et son ancrage, ce qui diminue ses chutes et augmente sa confiance en elle et en son corps.
  • Yvette travaille également à effacer ce sentiment de culpabilité qui l’empêchait d’apprécier la vie malgré tout, de s’autoriser à rire, à être heureuse, à s’offrir des petits plaisirs.
  • Enfin, Yvette se considère à nouveau comme une femme, autre, différente certes, mais toujours une femme.
  • Elle et son mari se redécouvrent en se créant une nouvelle sexualité, où la performance n’a pas d’importance, où l’intimité, le respect de l’autre, la découverte des goûts de soi et de l’autre, la capacité à les exprimer en sont les piliers du plaisir intime.

Yvette explore SES POSSIBLES, Yvette revit !SEP-sophrologue-annecy-nathalie-delaunay

Vous êtes concerné.e par la SEP ou SLA et souhaitez un accompagnement ? contactez-moi via le formulaire sur ce lien.

Pour en savoir plus sur cet accompagnement, en séances thérapeutiques ou en suivi-coaching, voir la page Accompagnements.

Les « Parcours de santé » sont un condensé de plusieurs histoires de personnes reçues à mon cabinet, étant toutes au même stade de la maladie ; ils rassemblent les constantes des thématiques abordées pendant les séances.

Le prénom est totalement fictif, toute ressemblance n’est que le hasard d’une évidence du quotidien des personnes ayant la sclérose en plaques.

L’accompagnement que je dispense est en complément du suivi médical qu’il est impératif de maintenir.

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